Lettre d’opinion: de la loi 21 aux lois 94 et 9, non à l’instrumentalisation de la laïcité!

Un regroupement d’organismes de syndicats et de citoyens ont publié sur Pivot une lettre d’opinion concernant l’instrumentalisation de la laïcité par la CAQ. Pour voir la lettre et ses signataires cliquez ici. 

À l’heure où se multiplient et se normalisent des discours visant les personnes migrantes et immigrantes, racisées, autochtones et musulmanes, il est urgent de réaffirmer une vision de la démocratie fondée sur l’égalité réelle, l’inclusion, la dignité humaine et le respect des droits et libertés fondamentales.

Dans ce contexte et depuis une trentaine d’années, la laïcité agit au Québec comme un puissant catalyseur du récit national. Nous défendons la laïcité comme principe démocratique reposant sur deux buts : la liberté de conscience et donc, l’égalité citoyenne;  et deux moyens : la neutralité de l’État et la séparation des religions et de l’État. Nous dénonçons toutefois la manière dont cette laïcité a progressivement été détournée pour devenir un instrument de contrôle et d’exclusion.

Les lois 21, 94 et 9 s’inscrivent dans une continuité politique qui remonte à l’ancien projet de loi 94 sur les accommodements raisonnables et les services publics à visage découvert, au projet de loi 60 sur la Charte des valeurs québécoises et au projet de loi 62 sur la neutralité religieuse. Loin de constituer des initiatives isolées, elles participent à un même registre politique où l’islam et les personnes musulmanes sont construits comme des objets de suspicion et de préoccupation.

Pourtant, il importe de rappeler que la loi 21 n’a pas fait la laïcité au Québec. Celle-ci était déjà opérante dans les institutions. La véritable nouveauté de cette loi réside plutôt dans le détournement de la notion de laïcité afin de procéder à l’exclusion légalisée des femmes musulmanes qui pratiquent le couvrement islamique.

L’adoption de la loi 21 n’a pas non plus été une avancée historique, comme aiment le répéter plusieurs acteurs et actrices de la scène politique. Cette loi et ses prolongements ont plutôt marqué une sérieuse rupture dans l’histoire contemporaine des droits et libertés au Québec, et même au Canada. Car le recours préventif à la clause dérogatoire de manière répétée et agressive touche à la capacité même des groupes minoritaires d’utiliser les chartes pour protéger leurs droits lorsque ceux-ci deviennent politiquement impopulaires. Or, ces chartes ont précisément été conçues pour protéger contre les excès du pouvoir majoritaire.

Cette instrumentalisation de la laïcité produit des conséquences cruelles sur une partie de la population québécoise, pour reprendre les termes du Juge Marc-André Blanchard en Cour supérieure du Québec. En effet, des femmes sont humiliées et exclues de professions pour lesquelles elles sont qualifiées, et dont le Québec a grandement besoin. Des étudiantes ont abandonné des projets professionnels ou réorienté leurs études. Des familles ont quitté le Québec. Des communautés entières vivent avec le sentiment d’être constamment observées et suspectées dans les garderies, les écoles, les cégeps et même dans les universités, simplement parce qu’elles existent. Des associations étudiantes ont exprimé des inquiétudes quant à la mise hors la loi de leurs pratiques religieuses pourtant protégées par les libertés fondamentales. Leurs apparences, leurs pratiques religieuses et leurs opinions politiques sont devenues un problème à résoudre. Même les professeur·es

ne sont pas épargné·es par ces politiques qui contribuent à fragiliser leur liberté académique, en particulier par la loi 9.

Ces conséquences dépassent largement les pertes d’emploi ou les obstacles professionnels. Elles relèvent d’un processus de « mort sociale » par lequel certaines citoyennes sont progressivement déclassées de la société. Cela survient lorsqu’un groupe n’est plus reconnu dans sa pleine humanité ni dans sa légitimité à appartenir à la société. Cette mort sociale s’observe chez une personne à travers trois dimensions étroitement liées : la rupture de l’identité sociale, la rupture des liens sociaux et la rupture dans le rapport au corps. Autrement dit, elle affecte à la fois la manière dont ces femmes se perçoivent, la manière dont elles sont reliées aux autres et la manière dont leurs corps portent les traces de l’exclusion.

Depuis des années, les femmes musulmanes qui pratiquent le couvrement islamique alertent la société québécoise sur les effets de ces politiques. Pourtant, leurs voix demeurent largement ignorées alors même qu’on légifère sur leurs corps et qu’on suspend leurs droits et libertés. Une loi qui exclut des femmes en raison de leur apparence ne saurait être qualifiée de féministe! Elle repose plutôt sur une logique coloniale, raciste et paternaliste où l’État prétend savoir ce qui est bon pour elles tout en refusant de les consulter et de les écouter.

Ces femmes, enseignantes, éducatrices spécialisées, psychothérapeutes, psychoéducatrices, orthophonistes, ergothérapeutes et professionnelles de nombreux autres secteurs, s’inquiètent des répercussions de ces lois sur leur pratique. Malgré les obstacles rencontrés, elles continuent de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour préserver leur dignité, leur capacité d’agir et leur place dans la société québécoise. Elles interpellent leurs ordres professionnels, rencontrent leurs syndicats, écrivent des lettres, participent aux mobilisations citoyennes, manifestent, contestent devant les tribunaux et investissent les espaces médiatiques, académiques et communautaires. Ces gestes témoignent d’une volonté persistante de demeurer présentes dans l’espace public malgré les tentatives de les en exclure.

Lorsqu’une société normalise l’exclusion d’un groupe en particulier, lorsque le recours à la clause dérogatoire devient un outil politique ordinaire, lorsque des libertés fondamentales sont suspendues, c’est l’ensemble du cadre démocratique de cette société qui est fragilisé.

Nous nous opposons à l’instrumentalisation de la laïcité parce qu’une démocratie se juge moins à la manière dont elle protège sa majorité qu’à la manière dont elle traite ses minorités.

Départ du ministre du travail Jean Boulet: la FTQ commente

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), prend acte de l’annonce du ministre du Travail Jean Boulet et ministre responsable des Relations canadiennes à l’effet qu’il ne solliciterait pas de renouvellement de mandat.  La FTQ ne peut que dresser un bilan négatif de son passage au poste de ministre du Travail.

Pour notre organisation syndicale, il est clair que le mandat du ministre était de retirer le plus de droits possibles aux travailleurs et travailleuses en faisant adopter des lois visant à favoriser les employeurs.

On retiendra de son passage en politique, qu’il a tout simplement poursuivit sa carrière d’avocat patronal.  Il est responsable des pires reculs dans le Code du travail depuis les années 1970.  Son passage laissera de lourdes séquelles en relation de travail.  Est-il nécessaire de rappeler qu’il est le champion du plus long lock-out décrété au Québec en mettant à la rue en 2015 les travailleurs et travailleuses de l’usine Delastek à Shawinigan, lock-out qui a duré près de 3 ans.

Jean Boulet a choisi d’être l’avocat des patrons au Conseil des ministres. Il laisse en héritage un dialogue social fragilisé, brisé et en miettes qu’il faudra reconstruire.

Coupures de service en adaptation scolaire au Centre de services scolaire Marie-Victorin

Le Centre de services scolaire Marie-Victorin, en pleine croissance depuis plusieurs années, prévoit pourtant des réductions de services en adaptation scolaire d’une dizaine de postes pour la prochaine année, une situation inacceptable selon le Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau, section locale 578 (SEPB-578).

Selon le plan d’effectifs, les préposé(e)s aux élèves handicapés (PEH) verraient leurs heures réduites de 207 par semaine, soit l’équivalent de près de six postes à temps plein. Du côté des techniciennes et techniciens en éducation spécialisée (TES), la réduction est d’un peu plus de 130 heures par semaine, soit l’équivalent de près de quatre postes à temps plein.

« Ces coupures surviennent alors que le nombre d’élèves qui ont besoin de ces services est en croissance. C’est un choix budgétaire qui va avoir un impact à long terme sur ces élèves, affirme le président du syndicat, Jean-François Labonté. Les élèves visés, précise-t-il, sont ceux ayant des besoins particuliers : limitations fonctionnelles, troubles du comportement, troubles du spectre de l’autisme, déficiences physiques ou intellectuelles, qui dépendent directement de cet accompagnement pour leur place en classe ».

Le syndicat met ces chiffres en parallèle avec un rapport récent du Vérificateur général du Québec, qui dénonçait l’absence de planification entourant l’octroi de plus de 2,2 milliards de dollars dans la filière batterie, sans objectifs, échéanciers, ni mécanismes de suivi adéquats. « On exige une rigueur budgétaire absolue quand il s’agit de donner des services à des élèves handicapés, mais aucune rigueur comparable quand il s’agit de milliards donnés à des entreprises privées », déplore M. Labonté.

Le syndicat pointe aussi vers les choix budgétaires du gouvernement de Christine Fréchette, qui a succédé à François Legault à la tête de la Coalition avenir Québec en avril dernier. Aucun ajout d’argent frais n’est prévu pour répondre à la croissance des besoins. Dans les derniers mois, des baisses d’impôt aux entreprises ont été mises en place par le gouvernement. Ces baisses d’impôts, présentées comme une aide à la population, profiteront surtout aux contribuables les plus favorisés, et diminueront les revenus disponibles pour les services publics, dont les services aux élèves les plus vulnérables.

Un enjeu électoral?

Pour le SEPB-578, ce contexte illustre un recul du principe d’égalité des chances qui fonde le système scolaire québécois depuis des décennies : l’accès au soutien dépendra de plus en plus du budget disponible plutôt que des besoins réels des élèves. « Bâtir de nouvelles écoles ne suffit pas. Ce sont les personnes qui y travaillent qui font la différence entre l’inclusion et l’exclusion », insiste M. Labonté.

Le syndicat invite la population à réclamer une réflexion collective sur le système d’éducation québécois, dans le cadre d’états généraux sur l’éducation, et à bien réfléchir au choix de leur prochain gouvernement. À l’approche des élections générales du 5 octobre, il espère que la question sera abordée durant la campagne.

« Au-delà des chiffres, il y a des élèves, nos enfants », conclut M. Labonté.

Droits piétinés : résister pour préserver notre avenir collectif

ʟᴇᴛᴛʀᴇ ᴏᴜᴠᴇʀᴛᴇ

 

En cette Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, nous prenons la parole publiquement parce que le silence n’est plus tolérable. Partout au Québec, les droits économiques, les droits du travail et le filet social reculent à un rythme inquiétant. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité collective à vivre dignement, à nous loger, à accéder à des services publics de qualité et à participer pleinement à la vie démocratique.

 

Depuis trop longtemps, les travailleuses et les travailleurs subissent les contrecoups de décisions politiques qui affaiblissent leurs protections et réduisent leur pouvoir d’agir. Les projets de loi du gouvernement ont successivement fragilisé la négociation collective, instauré des régimes discriminatoires en matière de santé et de sécurité du travail – notamment dans les secteurs névralgiques de l’éducation, de la santé et des services sociaux – et imposé une lourdeur administrative inutile aux organisations syndicales. Ces choix ne sont pas anodins, tous déséquilibrent le rapport de force au détriment des personnes qui assurent la vitalité de nos milieux de travail.

 

À cela s’ajoutent des compressions sévères dans les services publics et des réorganisations mal planifiées qui désorganisent les équipes, alourdissent les charges de travail et nuisent à la qualité des services offerts à la population. Récemment, une nouvelle offensive législative menace de rendre les chantiers de construction encore plus dangereux, et d’affaiblir ou de faire stagner les conditions de travail dans plusieurs secteurs en abolissant les décrets de conventions collectives.

 

Les atteintes aux droits fondamentaux se multiplient. Au bout du compte, c’est le pouvoir collectif des travailleuses et des travailleurs qui est directement attaqué. Ces reculs touchent de façon disproportionnée les femmes et les gens vulnérables qui occupent des emplois précaires, entre autres les personnes travailleuses migrantes ou demandeuses d’asile. Lorsque les droits s’effritent, ce sont toujours les mêmes qui en paient le prix fort.

 

Logement, filet social, transition juste : des droits fondamentaux

 

Les problèmes auxquels nous faisons face dépassent le seul cadre du travail. La crise du logement, par exemple, impose un fardeau financier sans cesse croissant à des ménages déjà fragilisés. Avec la hausse rapide des loyers, les évictions abusives et le manque criant de logements sociaux, se loger devient un combat quotidien, indissociable de celui pour les conditions de travail. Pouvoir se loger dignement doit être reconnu comme un droit fondamental et non comme un privilège.

 

Parallèlement, l’effritement du filet social compromet l’accès à des services publics universels et de qualité. Le sous-financement chronique de la santé, des services sociaux, de l’éducation et de la fonction publique, combiné à l’ouverture croissante au privé, creuse les inégalités et met une pression insoutenable sur les travailleuses et les travailleurs qui tiennent ces réseaux à bout de bras. En ne prenant pas ses responsabilités face au financement de la mission des groupes communautaires autonomes, l’État empêche ceux-ci daméliorer les conditions de vie et de travail des personnes qui en ont le plus besoin. Il contribue donc à l’appauvrissement des femmes, celles-ci occupant la majorité des emplois de ce secteur essentiel pour la démocratie, et même pour l’économie. Défendre le filet social, c’est défendre un modèle de société fondé sur la solidarité et la redistribution équitable de la richesse.

 

À l’heure où se conjuguent des crises économique, climatique et sociale, la nécessité d’une transition juste est indéniable. Elle ne peut se faire en sacrifiant les droits des travailleuses et des travailleurs ou les conditions de vie de celles et ceux qui sont déjà parmi les plus vulnérables. Il faut lutter contre les changements climatiques sans que cela se fasse au détriment de celles et ceux qui peinent déjà à joindre les deux bouts. Une société véritablement équitable veille à ce que nul ne soit laissé pour compte.

 

Enfin, rappelons que les contre-pouvoirs sont essentiels. Les organisations syndicales, communautaires, de défense des droits humains, étudiantes et citoyennes jouent un rôle fondamental dans la défense des droits de la population et dans la vitalité de notre démocratie. Les affaiblir, c’est fragiliser l’équilibre social tout entier.

 

Nous affirmons haut et fort en cette Journée internationale des travailleuses et des travailleurs qu’il est temps de résister. Résister aux reculs, se mobiliser collectivement et revendiquer un modèle de société fondé sur la justice sociale, la solidarité et le respect des droits. C’est ensemble, et seulement ensemble, que nous pourrons défendre nos acquis et construire un avenir plus équitable.

 

Signataires

 

  • Robert Comeau, président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
  • France-Isabelle Langlois, directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone
  • Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
  • Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)
  • Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)
  • Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE)
  • Christopher Zéphyr, présidence de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)
  • Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
  • Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
  • Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
  • Michael Bizzarro, co-coordonnateur du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE)
  • Gabrielle Renaud, Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ)
  • Claudia Fiore-Leduc, porte-parole pour le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA)
  • Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)
  • Guillaume Bouvrette, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)
  • Stéphanie Vallée, présidente de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles
  • Flora Dommanget, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ)

Le droit de s’asseoir : une avancée majeure pour la santé et la sécurité au travail

Montréal, le 28 avril 2026. –  En ce 28 avril, Journée internationale de commémoration des victimes d’accidents et de maladies du travail, le SEPB-Québec tient à souligner que tous les efforts doivent être mis en place afin d’offrir un milieu de travail sain et sécuritaire. La FTQ nous rappelle également que chaque décès, chaque blessure et chaque maladie professionnelle rappellent une vérité simple : la prévention sauve des vies.

 

Plus que jamais, il est essentiel de parler de santé et sécurité au travail, alors que le gouvernement actuel bafoue encore des droits de base, aux travailleuses et aux travailleurs, en adoptant récemment, entre autres, une loi limitant l’accès aux mécanismes de prévention dans plusieurs secteurs, dont l’éducation. Plusieurs milliers de syndiquées du SEPB-Québec, majoritairement des femmes, sont ainsi touchées dans tout le soutien scolaire.

 

Par ailleurs, cette Journée internationale de commémoration des victimes d’accidents et de maladies du travail nous permet également de nous rappeler un coup fumant réalisé par le SEPB-Québec en matière de prévention en santé et sécurité au travail : le fameux dossier des bancs !

 

À la suite d’une saga judiciaire de plusieurs années impliquant les salarié.e.s du Archambault Berri ainsi qu’une quinzaine de succursales Renaud-Bray, toutes syndiquées au SEPB-574, la Cour supérieure du Québec leur donnait gain de cause. En fait, la Cour maintenait la décision du TAT liée à l’article 170 du Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST), précisant que « la possibilité pour les travailleurs d’avoir accès à des bancs est nécessaire pour protéger leur santé et assurer leur sécurité et leur intégrité physique », déclarant donc que l’inspectrice de la CNESST était justifiée d’émettre l’avis de correction et d’offrir des bancs à la disposition des caissiers, caissières et libraires.

 

Consultez l’article complet

 

Source : Le Monde Ouvrier, Journal de la fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), nº 125, mars-avril 2018.

Adoption du projet de loi no 3 – Un recul historique pour les droits des travailleuses et travailleurs

Québec, le 2 avril 2026 – L’adoption aujourd’hui du projet de loi no 3 par l’Assemblée nationale – qui constitue un recul historique pour les droits des travailleuses et travailleurs et un legs honteux du gouvernement Legault en toute fin de législature – est dénoncée d’une même voix par l’APTS, la CSD, la CSN, la CSQ, la FAE, la FTQ, le SFPQ et le SPGQ.

« Il faut énormément de culot pour s’entêter comme le fait ce gouvernement, alors qu’il n’a plus de premier ministre ni d’appui de la population. Sans compter l’absence de consensus social et toutes les mises en garde émises par les organisations syndicales, les organisations de la société civile et les expert·e·s universitaires, qui ont démontré les nombreuses failles de ce projet de loi. L’application du texte adopté créera en effet un carcan administratif aussi inutile qu’insensé pour nos organisations et nos milieux de travail, et la CAQ devra en porter l’entière responsabilité », dénoncent conjointement les porte-paroles Robert Comeau (APTS), Luc Vachon (CSD), Caroline Senneville (CSN), Éric Gingras (CSQ), Mélanie Hubert (FAE), Magali Picard (FTQ), Christian Daigle (SFPQ) et Guillaume Bouvrette (SPGQ).

Cette nouvelle attaque du gouvernement contre les droits des travailleuses et des travailleurs s’ajoute à une longue série de reculs : l’atteinte au droit de grève avec la Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out (Loi 14), qui affaiblit le pouvoir de négociation et la capacité d’améliorer les conditions de travail; l’imposition d’un régime discriminatoire en santé et sécurité du travail dans les réseaux de l’éducation ainsi que de la santé et des services sociaux avec la Loi modifiant la Loi sur les services de santé et les services sociaux et modifiant diverses dispositions législatives (Loi 28), les compressions draconiennes dans les services publics ainsi que des réorganisations mal planifiées. Les atteintes aux droits fondamentaux se multiplient. Au bout du compte, c’est le pouvoir collectif des travailleuses et des travailleurs qui est attaqué directement.

« Le gouvernement ne cache même plus son mépris pour les droits des travailleuses et des travailleurs, des personnes les plus vulnérables de notre société et de la classe moyenne. Ce n’est pas en s’attaquant aux associations qui les défendent qu’on va améliorer la qualité de vie de ceux et celles qui en ont besoin. Le projet de loi est adopté, mais nous ne baisserons pas les bras et comptons utiliser tous les moyens à notre disposition pour protéger leurs droits et contrer les politiques antidémocratiques d’un gouvernement en fin de régime. Nous sensibiliserons la population et talonnerons les partis de l’opposition. Ce doit être un enjeu important durant les prochaines élections », ajoutent les porte-paroles.

Le texte de loi adopté sera maintenant analysé en détail par les organisations syndicales, qui évalueront les recours possibles afin d’assurer la protection des droits des travailleuses et travailleurs du Québec.

La CAQ refuse des investissements majeurs en transport collectif

Drummondville, le 31 mars 2026 – Les porte-parole de la FTQ et la CSN sont sidérés d’apprendre que, faute d’entente-cadre, la CAQ laissera délibérément dormir la part qui revient au Québec dans le Fonds pour le transport en commun du Canada.

 

Ainsi, le Québec ne recevra absolument rien pour le développement de son transport collectif, alors que l’Ontario a déjà encaissé plus de deux milliards de dollars.

 

Une fois de plus, la CAQ nous fait la démonstration des impasses dans lesquelles elle entraîne le Québec dans la plupart des négociations avec le fédéral. Un juste retour fiscal pourrait bénéficier aux usagères et aux usagers du transport, mais aussi aux automobilistes, puisque l’augmentation du transport en commun améliore la fluidité sur les routes.

 

C’est là une autre preuve du désintérêt complet de la CAQ envers le transport collectif et public : des sommes importantes sont disponibles et le Québec est la seule province à ne pas en profiter. C’est impensable ! L’inaction de la CAQ prive les collectivités québécoises du financement qu’elles réclament pour développer leurs réseaux de transport collectif. Quand on sait à quel point les besoins sont criants et que les sociétés de transport sont contraintes de couper dans leurs services et de reporter des projets essentiels en raison du manque de financement, on ne peut qualifier autrement que d’irresponsable le laxisme de ce gouvernement.

 

De plus, il est clairement établi que la principale source d’émission de gaz à effet de serre (GES) au Québec est attribuable au transport. Alors que l’Ontario investit les deux tiers de son budget de transport dans le développement du transport collectif, le Québec fait l’inverse : il consacre les deux tiers de l’enveloppe budgétaire du transport au réseau routier.

 

 « La création du Fonds pour le transport en commun du Canada a été annoncée en 2024. C’est incompréhensible et révoltant que le gouvernement du Québec n’ait pas encore d’entente-cadre comme en a l’Ontario. Pendant ce temps, on retarde la création d’emplois pour la fabrication et pour l’opération des tramways et des autres véhicules de transport collectif. Ce laxisme explique en partie le report de l’atteinte des cibles de réduction de GES du Québec. Ce n’est cependant pas surprenant, étant donné le bilan désastreux de la CAQ en matière de transport collectif », affirment conjointement Caroline Senneville, présidente de la CSN, et Olivier Carrière, secrétaire général de la FTQ.

 

 Il n’y a aucun plan pour soutenir réellement les sociétés de transport. Nous réclamons un transport collectif et public abordable, efficace et accessible à toutes et à tous.

 

Le financement du transport collectif n’est pas une ligne de dépense comptable à réduire : c’est un service public indispensable. La logique de la recherche de rentabilité à tout prix ne tient pas la route pour les services publics. Demandons-nous aux hôpitaux et aux écoles d’être rentables ? Non ! Alors, pourquoi appliquer cette logique au transport en commun ? C’est une question de vision et de projet de société.

 

Nous réclamons un financement suffisant et pérenne, en ce qui concerne les opérations des sociétés de transport et le développement d’une offre à la hauteur des besoins en mobilité durable et abordable.

Ces aberrations doivent cesser. L’inaction ne fera qu’aggraver la situation.

 

« Diriger le Québec par improvisation a ses limites. Les besoins sont criants. Les solutions existent. L’argent est sur la table. Ce qu’il manque, c’est la volonté politique », de conclure Caroline Senneville et Olivier Carrière.

 

Ensemble, la CSN et la FTQ représentent près d’un million de personnes syndiquées.

Un budget sans surprise : la FTQ a hâte de passer à autre chose

La Fédération des travailleurs et des travailleuses (FTQ) éprouve une déception prévisible face au budget déposé aujourd’hui par le ministère des Finances. La centrale déplore l’absence de vision structurante pour soutenir les travailleurs et travailleuses dans un contexte de turbulences économiques.

« Il y a peu de choses dans ce budget qui répondent aux attentes des travailleurs et des travailleuses. On s’y attendait considérant que le budget du ministre des Finances était déjà rédigé lorsque nous l’avons rencontré. On tient compte que très partiellement de l’augmentation des inégalités sociales, de la crise de l’habitation, de l’incertitude économique actuelle ou encore de l’urgence de lutter contre les changements climatiques. Il s’agit d’une autre illustration de la déconnexion de la CAQ par rapport aux attentes et aux besoins de la population québécoise », déclare la présidente de la FTQ, Magali Picard.

Le gouvernement a annoncé quelques nouvelles dépenses et investissements dans des domaines importants pour la société québécoise, ce qui est toujours bienvenu. Cela dit, la centrale déplore le manque de vision et d’ambition de ce budget. Par exemple, la conversion de 5000 places de garde non subventionnées en place subventionnées apparaît comme une bonne nouvelle, mais l’idéal serait un réseau complet et accessible de centres de la petite enfance (CPE). Nous disons oui à un soutien additionnel pour le secteur forestier, mais quand le Québec aura-t-il une véritable politique industrielle ?

L’augmentation du niveau des dépenses sera très faible au cours des prochaines années, ce qui laisse présager un retour à l’austérité. Les dépenses en santé et services sociaux se situeront à un niveau acceptable pour 2026-2027, mais augmenteront peu pour l’année subséquente. En éducation, les augmentations apparaissent insuffisantes et entraîneront des impacts négatifs sur les services. Il s’agit là de choix politiques considérant les sommes importantes versées au Fonds des générations et l’absence de nouveaux revenus, particulièrement auprès des plus riches. Le gouvernement aurait également pu mettre sur pied un régime public et universel d’assurance médicaments, ce qui aurait permis des économies de plusieurs milliards de dollars par année.

« Au Québec, il y a du monde qui travaille fort, puis qui n’y arrive plus. Il y a des familles qui coupent dans l’épicerie et des gens qui travaillent à temps plein sans joindre les deux bouts. Nos membres, comme l’ensemble des Québécois et Québécoises, n’ont pas besoin d’un gouvernement spectateur. Ils ont besoin d’un gouvernement qui protège les emplois et qui améliore leur qualité de vie », ajoute la présidente de la FTQ.

Après deux mandats caquistes, la FTQ est prête à passer à autre chose et à contribuer activement à élaborer des solutions pour les défis auxquels fait face la société québécoise.

« C’est inhabituel de dire ça en mars alors que le printemps approche, mais on attend avec impatience d’être en octobre pour que soient enfin déclenchées les élections. À la FTQ, on est déjà passé au prochain appel. On se prépare à travailler avec le prochain gouvernement, peu importe sa couleur politique. Il y a un besoin urgent de rétablir le dialogue social qui a été mis à mal par ce gouvernement. Ce n’est pas un caprice syndical, mais une façon intelligente de faire face aux turbulences et de bénéficier de l’expertise du terrain », précise la présidente de la FTQ.

Fin de l’étude détaillée du projet de loi 3 : Le gouvernement s’apprête à adopter une des pires lois de l’histoire du Code du travail

Montréal, le 26 février 2026 – La CSN, la CSQ et la FTQ déplorent l’adoption prochaine du projet de loi 3 par le gouvernement caquiste, alors que se terminait hier l’étude détaillée. À quelques mois des élections, le gouvernement préfère déséquilibrer davantage les relations de travail pour des motifs essentiellement idéologiques plutôt que de répondre aux priorités de la population, comme la crise du coût de la vie et l’accès aux services publics.

Si l’adoption de certains amendements vient clarifier sa portée, la Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail demeure une nouvelle attaque de ce gouvernement contre les droits des travailleuses et des travailleurs. Ironiquement, l’ajout de nombreuses contraintes administratives qu’engendrerait le projet de loi 3 coûterait cher aux syndiqué-es. Cette bureaucratisation inutile de l’organisation syndicale nuira nécessairement à la défense des droits des travailleuses et des travailleurs. Pour les trois grandes centrales, c’est au rôle d’acteur social des organisations syndicales que s’en prend le gouvernement qui souhaite les empêcher de lutter pour des gains profitant à la population.

Rappelons que le projet de loi 3 du ministre Jean Boulet s’ajoute à la loi 14, qui freine le droit de grève des salarié-es. En plus de ces atteintes aux droits des travailleuses et des travailleurs, le gouvernement met de l’avant plusieurs projets de loi préoccupants, comme le projet de loi 1 et le projet de loi 9, au point où le Barreau du Québec et la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) s’inquiètent publiquement d’une dérive autoritaire et d’un effritement de l’État de droit.

« Ce gouvernement laissera deux choses derrière lui : les pires lois contre les travailleuses et les travailleurs adoptées depuis des décennies et une inaction incompréhensible face aux enjeux qui préoccupent la population. Avec la démission de François Legault, nous aurions souhaité que ce gouvernement change de cap et se concentre sur les priorités des citoyennes et des citoyens. Il a plutôt préféré faire plaisir aux patrons en allant de l’avant avec ce projet de loi que nous jugeons inconstitutionnel », déclarent Caroline Senneville, présidente de la CSN, Éric Gingras, président de la CSQ, et Magali Picard, présidente de la FTQ.

« Les organisations syndicales ont toujours été au rendez-vous pour améliorer la vie des Québécoises et des Québécois. Est-il besoin de rappeler que les luttes syndicales ont permis le développement des CPE, la mise en place de l’équité salariale et le déploiement de nos services publics, notamment en éducation et en santé ? Avec ces projets de loi qui attaquent les travailleuses et les travailleurs, la CAQ tente de museler les contre-pouvoirs. Nos organisations demandent aux candidats à la succession de François Legault de s’engager à ne pas adopter ce projet de loi. Dans les derniers jours, ils se sont distancés de certaines mauvaises décisions du gouvernement, notamment quant à l’abolition du PEQ. Il n’est pas trop tard pour en faire autant avec le projet de loi 3. Les autres partis politiques doivent aussi s’engager à retirer cette loi », de conclure les présidences des trois grandes centrales syndicales.