« Le PDG nous traite de clowns », s’insurge le syndicat

Photo Ivanoh Demers, La Presse
Choqués par des propos qu’aurait tenus François Desjardins, des manifestants ont ajouté un nez de clown au PDG sur des pancartes lors d’un rassemblement organisé hier devant le siège social de la Laurentienne.

Richard Dufour
La Presse

Le PDG de la Banque Laurentienne s’en est pris plusieurs fois au syndicat dans les derniers mois, selon ce que prétend l’organisme représentant les quelque 1500 employés syndiqués de l’institution financière dans une plainte déposée hier au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI).

La plainte a été formulée pour dénoncer des « pratiques déloyales ». Ces pratiques, que le syndicat estime faire partie d’une campagne de désyndicalisation, auraient mené au dépôt, jeudi dernier devant le CCRI, d’une requête visant à révoquer l’accréditation des employés de la seule banque syndiquée au pays.

La plainte fait état de cas où des directeurs de succursales auraient amorcé des discussions à teneur antisyndicale ou encouragé ouvertement la désyndicalisation, mais aussi de situations où le syndicat s’est senti discrédité par le grand patron.

« Le PDG de la Laurentienne nous traite de clowns », affirme Kateri Lefebvre, directrice exécutive du Syndicat des employés professionnels et de bureau (SEPB, affilié à la FTQ.

Il n’a pas été possible de faire réagir François Desjardins hier, mais la vice-présidente adjointe aux communications de la banque a nié les prétentions du syndicat. « En aucun cas M. Desjardins n’a traité le syndicat de « clown ». Il a toujours respecté le syndicat et ses représentants », a dit Hélène Soulard.

« Aucune campagne de désyndicalisation ou d’intimidation n’a été organisée par la banque comme il est faussement affirmé par les dirigeants du local SEPB. En ce sens, nous allons faire les représentations nécessaires devant les instances concernées. » – Hélène Soulard

Le syndicat soutient notamment avoir été traité de « clown » par François Desjardins durant un forum avec des employés tenu le 11 septembre. Un peu comme un gourou qui veut convaincre ses fidèles, peut-on lire dans le document détaillant la plainte, François Desjardins indique que « les clowns ne s’en vont pas du bon bord. Comment t’appelles ça du monde de même ? Des clowns. C’est pas des méchants, c’est pas des criminels, c’est juste des gens qui « pouit-pouit ». Moi j’aime pas ça des clowns ».

Ces propos, soutient le syndicat, n’avaient qu’un seul but : d’une part, amalgamer le syndicat et les clowns, en tentant d’insinuer que le syndicat empêche la banque d’avancer, et d’autre part, dénigrer de façon générale le syndicat.

Lors d’une assemblée organisée vers la fin du mois dernier au Palais des congrès de Montréal, François Desjardins aurait dit aux employés, toujours selon le document déposé au CCRI, qu’ils sont des héros, mais qu’il y a encore des clowns. « Un clown, c’est quelqu’un qui refuse l’évidence, pis à la place fait la promotion d’une fantaisie ; 99 % des transactions au Canada sont faites de façon automatique ou mobile. Si tu penses que les transactions humaines vont revenir, t’es un clown. C’est comme penser que les dactylos font un retour. Heureusement, les clowns sont en minorité. »

La plainte indique également que durant l’assemblée du 24 octobre, François Desjardins a dit qu’il se fait souvent demander par des employés s’il prépare un conflit de travail.

« La réponse à ça, c’est oui. C’est obligatoire. C’est pas ce qu’on veut. Mais je suis à trois mois de la fin de la convention collective. »

« Je suis obligé par la loi des banques d’avoir un plan en cas de conflit de travail. Je dois protéger mes clients [et protéger l’activité de dépouillement des guichets en cas de conflit]. » – Propos attribués à François Desjardins dans la plainte déposée par le syndicat

RÉTICENCES DES INVESTISSEURS

François Desjardins, qui a lancé une importante transformation du réseau physique de la banque, aurait également détaillé les réticences exprimées par des investisseurs lors de l’assemblée du 24 octobre.

Selon le syndicat, François Desjardins a dit que les investisseurs lui disaient deux choses : « La première, c’est que la performance globale n’est pas à la hauteur, et la deuxième est qu’ils ne croient pas à l’histoire dans les services aux particuliers. Vous êtes trop concentrés au Québec. Vous faites face à une compétition qui vient de Desjardins et de la Banque Nationale, et vous avez une convention collective qui vous limite. Alors on ne vous croit pas. C’est ben le fun, les histoires de services aux entreprises ou de B2B banque, mais tant que vous n’avez pas les coudées franches, on ne vous croit pas. »

La FTQ avait invité ses membres à aller manifester devant le siège social de la banque en fin de matinée hier. Environ 80 personnes ont bravé le froid et répondu à l’appel.

La Banque Laurentienne compte 3500 employés, dont 2000 ne sont pas syndiqués.