DE L’AUTO-EXCLUSION À L’INCLUSION

Nouvelle

Le 10 avril dernier, une cinquantaine de membres du SEPB-Québec ont répondu à l’invitation du Comité d’action sociale et politique (CASP), pour entendre une conférence ayant pour thème « L’accommodement raisonnable en milieu de travail ». Pierre Gingras, Bernard Arcand et Rachida Azdouz ont, à tour de rôle, pris la parole lors de cette soirée organisée au Centre St-Pierre à Montréal. Le CASP désirait faire la lumière sur les questions qu’engendrent le débat sur l’accommodement raisonnable et faire taire les préjugés face à ces questions.

Monsieur Pierre Gingras, du service juridique du SEPB-Québec, a ouvert le bal en discutant de la portée juridique des accommodements raisonnables. Il nous a expliqué que toute cette question est avant tout un débat de société qui n’est, malheureusement, porté que par les médias et que tous les acteurs de la société civile, y compris les syndicats, doivent y participer. Sur le plan juridique, le droit est avant tout une réaction face aux enjeux sociétaux. De ce fait, les questions d’accommodements sont intimement liés aux droits fondamentaux (ex : la liberté de religion) et encadrés dans la Charte des libertés qui a préséance sur les conventions collectives. Il nous a expliqué les grandes étapes pour évaluer, s’il y a lieu ou non, d’accommodement. Il nous a également présentéé, fort de son expérience, plusieurs cas de jurisprudence qui démontre que chaque cas est différent. En conclusion, il a encouragé tous les acteurs, employeurs comme syndicats, à prendre part au débat.

De son côté, Bernard Arcand, professeur, anthropologue, auteur et chercheur nous a expliqué d’où viennent les questions d’accommodements raisonnables. Pourquoi parlons-nous de cela aujourd’hui ? En poursuivant sur les propos de Pierre Gingras, Monsieur Arcand nous a expliqué que selon les cultures, les lois existent mais ne règlent pas tout. Il y a danger à combattre bêtement la différence. Par exemple le racisme, s’appuie sur la notion de race, qui est sans fondement. Ce n’est, ni plus ni moins, qu’une généralisation facile. Nous avons tous notre imagerie des autres (ex : le parisien gueulard avec sa baguette de pain). Les questions d’intolérances c’est mettre en ½uvre, par la force, les préjugés. Tandis que l’accommodement, c’est d’être conscient de l’autre. Malheureusement, de nos jours, les médias s’efforcent de nous vendre une opinion. Selon Monsieur Arcand : « Quand j’ouvre un journal, c’est pour m’informer. Pas pour que l’on me dise ce que je dois penser à coup de sondage ! ».

Finalement, Madame Rachida Azdouz, vice-doyenne aux études et au développement à la faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal, est venue nous entretenir des grands enjeux actuels concernant les questions d’accommodements. Pour elle, nous devons passer du juridique à l’identitaire. Nous ne devrions pas avoir peur de revoir nos acquis sous l’½il d’une perte irrévocable, mais bien de se poser la question s’il n’y a pas moyen de les améliorer. Selon elle, il y a des dangers aux débats qui ont lieu actuellement, soit par la confessionnalisation, qui fait craindre aux préjudices tels que ceux qui pourraient être portés aux femmes. Elle nous a également parlé de polarisation, qui entraîne une débat fermé tel que « pour ou contre la vertu ?». Les dangers de la politisation, telle que la récupération qu’en fait un parti politique comme l’ADQ. Finalement, elle est revenue sur les questions juridiques qui sont le dernier rempart face à l’exclusion. Selon Madame Azdouz, les tribunaux sont là pour recevoir les arguments et non le contraire. Les accommodements raisonnables doivent être une mesure d’inclusion et non d’exclusion et encore moins d’auto-exclusion qui mènent à la ghettoïsation d’une partie de la société. En conclusion, elle a condamné le silence des leaders religieux sur tout ce débat.

Par la suite, les membres se sont exprimés sur différents sujets tels que : la place des syndicats dans le débat, la peur de perdre des acquis, la tolérance, la compréhension, l’influence des médias, les disparités régionales et beaucoup plus.

En conclusion, les membres étaient d’accord à emboîter le pas dans ce débat et à chercher à créer des espaces de parole pour se faire entendre.